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Mardi 16 : Mon visa pour le Brésil est expiré, il est temps de changer
d'horizon. Le matin j'appareille pour Soure, ville étape qui va me permettre
de dormir tranquillement une dernière fois avant de re prendre la mer. La
sortie est vraiment plus compliquée que l'entrée : Le vent de face se heurte
au courant : les vagues sont hachées et le bateau tape ! De plus les pêcheurs
se font un malin plaisir à barrer le chemin avec leurs filets et il faut slalomer.
Normalement le bateau du pêcheur est sous le vent ou le courant de la bouée
en amont. Il y a généralement deux bouées surmontées d'un petit mat avec un
drapeau. Quand cela est le cas; j'ai le temps de contourner (sous le vent) les
filets. Malheureusement de temps en temps le bateau est au vent et certains
n'utilisent pas de perches ! on voit les flotteurs au dernier moment et j'ai
juste le temps de contourner les filets en rouspétant copieusement vis à vis
des pêcheurs. Bref ceci va m'occuper durant cette sortie monotone et pénible.
Je vais mettre tout de même 9 heures pour rejoindre Soure alors que j'avais
mis 6 heures dans le sens inverse. Le lendemain, la journée est pire : la
mer plus forte, les pêcheurs plus nombreux ! Une fois passé le dernier banc
de sable (7 heures alors qu'à l'aller je n'avais mit que 4 heures) je peux
enfin abattre et mettre les voiles. Le bateau ne tape plus et accélère. Vive
la mer ! Il faut tout de même que je remonte au maximum au prés pour pouvoir
m'éloigner le plus possible de la terre et ne pas rencontrer trop de pêcheurs
la nuit. je passe l'équateur une dernière fois et attaque ma remontée sur
l'hémisphère Nord. A la tombée du jour, je réduis les voiles car le vent
monte et me promet une nuit agitée. Les vagues font deux mètres. Je vais
dormir par tranches de 15 minutes toute la nuit, heureusement je suis déjà
assez loin et peu de pêcheurs vont venir me troubler.
Jeudi :
Le vent est tombé, le bateau se traîne. Encore des
flocons d’avoines et des cigarettes : Je suis prêt à renvoyer toutes
les voiles pour accélérer. Je vais dormir par tranches d’une demi-heures
plusieurs fois durant la journée. Bon ! Il est 16h30, c’est l’heure
de ma bière et de quelques cigarettes avant d’attaquer le repas de 17h00, la
vaisselle de 18h00 et la nuit de 19h00. Je dors mal, j’étais mieux au
mouillage
Vendredi :
Depuis hier soir il n’y a presque pas eu de vent régulier,
seulement des orages tout au long de la nuit pour m’empêcher de dormir. Je
suis donc au moteur, je m’inquiète pour ma consommation de gas-oil et de
cigarettes : Est-ce que j’en aurai jusqu’au bout ? Pour
l’instant j’ai pris la décision d’aller jusqu’en Martinique mais il va
me falloir plus de temps que prévu car je n’avance vraiment pas vite.
J’ai essayé de lire mais n’y arrive pas. Ce matin en
me levant, j’étais persuadé qu'il y avait une personne dans la cabine d’à-côté.
Je n’ai pas fait de bruit pendant 10 minutes pour ne pas la réveiller. Après
je suis aller voir pour me persuader que j'étais seul et pour arrêter de
devenir fou.
Samedi :
Depuis hier, je suis toujours au moteur, le vent
n’arrive toujours pas. J’ai la tête comme un ballon avec le bruit des
moteurs en permanence. Seules consolations, le bateau ne bouge pas, je peux écrire
tranquillement, je dors bien et je n’ai pas de problèmes de batteries. Par
contre mes paquets de cigarettes s’envolent en fumée ainsi que mon
gas-oil… Ce matin au lever du soleil, la mer était comme un miroir.
Samedi 17h00 :
Le calme de l’océan est troublé par une houle de 2 à
3 mètres, le bateau bouge beaucoup, un orage se dessine à l’horizon. Le
vent monte rapidement, les voiles claquent et le bateau empanne d’un coup. Je
règle le tout et observe mes voiles pour voir si elles sont bien ajustées au
nouveau vent. ‘Caramba’ un des trois haubans est entrain de se rompre :
Je risque à tout moment de casser le mat. Je descends toutes les voiles et
vais réfléchir à l’action à entreprendre. Je viens de passer la Guyane
depuis peu et il m’est impossible de faire demi-tour avec le courant et les
vagues faces à moi. Je pensais aller en Martinique, maintenant je me dirige
vers Trinidad encore distante de plus de 700 miles. J’arrime le mat le mieux
possible avec la drisse de spi et celle de Grand-voile mais maintenant il
m’est désormais impossible de porter cette dernière au risque de la briser
le mat. Le vent est retombé et je dois remettre un moteur en route. La houle,
elle, n’est pas tombée et je vais passer une nuit à me faire gigoter dans
tous les sens. Le gas-oil va me
manquer, c’est sure, les cigarettes aussi … Je vais peut-être en profiter
pour arrêter de fumer.
Dimanche :
J’ai pratiquement fait du moteur tout le temps,
j’avance à la vitesse d’un escargot pour ne pas trop consommer de gas-oil.
Le vent n’est toujours pas revenu. Les bières vont aussi me manquer ainsi
que tout le lait acheté et qui est périmé.
Lundi :
Depuis hier 17h00 je suis à la voile, j'ai enfin quitté
ce misérable pot-au-noir et j’ai put dérouler mon génois. Je n’utilise
plus ma Grand-voile sinon je risque de prendre le mat sur la figure à tous
moments. Le bateau n’avance pas bien vite mais tant pis. Il me reste encore
500 miles à parcourir … et trois paquets de cigarettes ! Tout ce temps
passé seul me permet de penser beaucoup. De savoir quelles priorités donner
à ma vie, quel projet à réaliser dans le futur.
Mardi :
La nuit dernière a été assez agitée, il y a eu
beaucoup d’orages et j’ai dut me lever à maintes reprises pour manœuvrer
afin de préserver mon mat debout. Je commence à trouver le temps long. J’ai
passé la journée à lire, faire un peu mon site Internet, dormir et penser le
reste du temps. Je vais arriver vendredi matin à Trinidad. Il faut que je
fasse en premier mes papiers d’entrée, puis que je trouve le chantier
capable de réparer mon bateau et ensuite un Cybercafé pour donner des
nouvelles. Je commence à m’ennuyer ferme même si ce voyage en solitaire a
certainement du bon, je suis pressé d’arriver et espère rencontrer des
anciens copains avec qui discuter. Tout à l’heure j’ai entamé mon dernier
paquet de cigarettes, je le terminerai certainement au cours de la nuit et après
une autre épreuve dure m’attend. Pour l’instant le vent est un peu retombé
et le bateau avance tranquillement mais sûrement vers le but.
Mercredi :
La nuit dernière a été dure, encore des grains, de la
pluie, du vent mais surtout une grosse mer. J’ai très peu dormi. Depuis ce
matin la mer grossit, j’ai écouté le bulletin météo qui annonce des
mauvaises conditions pour mon arrivée. Le pire dans tout ça, c’est que la
nuit dernière j’ai grillé ma dernière cigarette. Cela fait maintenant plus
de 12h00 que j’ai arrêté de fumer et je suis comme un fou. Je tourne en
rond et ne sais pas quoi faire des mes dix doigts … Heureusement que je
n’ai pas trop à manger dans le bateau car comme ça je ne risque pas de
grossir. Il me reste encore 2 nuits et une journée avant d’arriver, le ciel
est tout gris, j’en ai marre de cette solitude de merde sans cigarettes, sans
bouffe et sans dormir. Vivement la fin.
Jeudi :
Il pleut pratiquement toute la journée, vers 14h00 je
contourne enfin la point nord-est de Trinidad et attaque toute la côte nord de
l'île. Au cours de la nuit, je vais couper à travers les petits îlots grâce
à mon logiciel de navigation super précis et mon GPS. Je trouve finalement un
mouillage à 3h00 du matin avec plein de bateaux autour de moi.
Vendredi 26 juillet :
J’ai bien dormi et m’apprête à aller faire les
formalités, la banque, Internet et le chantier naval … que de travail à
peine arrivé !
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