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Gibraltar --> Madère (1/6)


25 septembre 2001

14h00 : On lève l'ancre et allons effectuer notre première traversée depuis le départ : 570 miles nautiques soit 4 jours pleins si on tient une moyenne de 6 nœuds ce qui est tout à fait faisable avec les conditions météo prévues. 

A 16h00 je compare la vitesse donnée par mon loch avec celle indiquée par mon GPS : Il y a une différence de 3.5 nœuds ce qui correspond au courant que l'on a dans le nez. Du coup je n'avance plus qu'à 1.5 nœuds... à cette vitesse je ne sortirai du détroit que demain  matin ! Je change de cap et me rapproche à 300 m. de la côte en espérant avoir moins de courant : Gagné le courant est pratiquement nul et je triple ma vitesse sur le fond.

18h00 : ATLANTIQUE ! La belle houle est face à nous et le vent toujours dans le nez. Nous restons au moteur en attendant le vent d'Est annoncé.

20h00 : Le vent vire enfin à l'Est et nous mettons les voiles : Direction l'Ouest avec un magnifique coucher de soleil.

 

 

 

 

 

Jean-marc m'avait prévenu qu'il fallait faire attention aux filets dérivants à la sortie de Gibraltar. En effet, nous en avons un beau devant nous, tout illuminé et protégé par une armée de petits bateaux. Nous le contournons avant de prendre notre cap vers Madère. J'évite un autre à peine éclairé, puis un autre...

Extrait du journal de bord : " 22h14 : 7,5 N. sous voile au bon plein. Grosse galère avec tous les filets dérivants. Un chalutier a essayé de me courser mais je l'ai laissé sur place :-)"

22h30 : J'ai à peine le temps de voir des flotteurs blancs, nous sommes déjà dessus et le bateau s'arrête instantanément. Le filet non éclairé s'est pris dans les dérives, hélices et safrans. Corinne s'est levée de sa couchette instantanément et déboule dans le cockpit. J'essaye de monter les dérives mais elles se coincent, avec la gaffe je n'ai pas plus de succès. Les pécheurs arrivent mécontents mais comprennent vite qu'il va falloir couper le filet. Pour cela j'enfile ma combinaison et, armé d'une lampe de plongée et de ces fameux petits couteaux Wichard, je me glisse dans l'eau noire avec qui plus est une houle de 1-2 mètres. Je vais passer 1 heure complète à batailler pour couper le filet. Je me faits assommer par la coque, et me faits emprisonner les jambes dans le filet. Entre temps le bateau de pécheur est parti pour commencer à remonter son filet. Il revient juste lorsque nous sommes complètement dégagés. Ils ne parlent pas français, je ne parle pas marocain mais je comprends rapidement qu'ils veulent se faire rembourser leur filet 'non éclairé' : Je déroule le génois me met travers au vent et le bateau accélère rapidement à 8.5 noeuds tous feux éteints. Les pêcheurs ne peuvent rien faire pour nous rattraper aussi ils se contentent de ramasser les lambeaux de ce qu'il reste de leur filet.

Malheureusement, nous sommes encerclés par les filets et nous ne savons plus par quel chemin sortir de ce piège. 1/4 d'heure plus-tard, à 8 nœuds nous percutons un autre filet... Je suis désespéré à l'idée de me remettre à l'eau. Finalement le bateau se dégage tout seul ... nous repartons. Une grande partie de la nuit nous allons veiller en maudissant ces pécheurs et leurs filets non éclairés ou si peu qu'ils sont invisibles.  

 


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